“1304 km pour l’humain de demain”





Printemps 2006...

Johnny : Ciao Joe !
Joe : « Ciao Johnny ! Comment vas-tu?
Johnny : La folie! Je viens de mettre en place un concept, qui va révolutionner le monde. Et je vais inonder la planète entière avec mon produit. »
Et effectivement, je suis ébahi par l'originalité de son concept et au bout d'une demi-heure, imprégné de son enthousiasme, je lui avoue avec beaucoup de gêne, parce que peur d'être pris pour un fou, mon rêve à moi : traverser la France du nord au sud debout en marche pendulaire. Sa réaction est à l'opposé de ce que je m'imaginais. Et il me répond :
Johnny : « Si c'est ton rêve, on va le réaliser. »
C'est sur cet angle de rue qu'a eu lieu cette séquence et a été décidée la construction du projet Le Havre-Menton.











Cinq ans de préparation…
Cinq années qui n'ont pas été une lente ascension depuis la décision de réaliser mon rêve, jusqu'au jour du départ. Il y a eu une lente évolution au niveau de l'appareillage, de la hauteur de béquille et de la préparation physique, mais je devais me rendre à l'évidence : la calcification qui me bloquait les deux hanches m'empêcherait d'entrevoir une quelconque chance de réussite.












J'ai pris la décision de me faire opérer en octobre 2009.












Je suis ressorti de l'hôpital vingt jours après. Cela a été un moment intense parce que pendant 28 ans, j'avais vécu avec des douleurs atroces que je pensais gérer, mais en fait c'était la douleur qui gérait ma vie. Et là, je redécouvrais ce qu'était une vie sans douleur. Quel bonheur simple.

Mais le 1er janvier 2010, je me suis retrouvé aux soins intensifs. Cela faisait 15 jours que je ne mangeais plus et que j'étais alité. Les points de suture avaient lâché 15 jours auparavant à cause d'une infection attrapée à l'hôpital. En rentrant à l'hôpital, le médecin a fait venir à mon chevet ma famille parce que la mort n'était pas loin, elle me tendait les bras. C'est là que les médecins ont pris la décision de me plonger dans le coma avec des doses de morphine pour me faire digérer la douleur. Cette morphine m'a provoqué des cauchemars horribles, de terribles hallucinations. Ils m'ont intubé par le nez et devaient me changer pour me nettoyer ces tubes en me les retirant du nez alors qu'ils descendaient dans la trachée, et chaque manipulation était atroce. Je me rappelle que j'hurlais à la mort tellement ça me faisait mal, et pour que je ne bouge pas, mes poignets étaient sanglés au lit. A force de manipulation, ils ont abîmé mes cordes vocales et j'étais devenu aphone. Plus aucun son ne sortait de ma bouche. La mort rôdait et j'aurais pu partir sans que je m'en rende compte. Qu'est-ce qui m'a fait tenir ? Je ne sais pas. Mais je voulais simplement libérer mes hanches pour pouvoir commencer à rêver le Havre-Menton.

Ils ont commencé à cautériser mon ulcère à l'estomac, s'en est suivie ensuite une série de complications pulmonaires et cardiaques pour aboutir à un corps entièrement couvert de plaques rouges. Après les 3 semaines de coma, je vais passer par une multitude de services pour essayer de définir les causes de ces complications. Les médecins supposent que je suis atteint d'une maladie auto-immune alors que le problème vient de cette infection attrapée durant l'opération. Je vais être nourri par Baxter avec 70mg de cortisone tous les jours et une alimentation infecte. Aucun goût, aucun assaisonnement, j'en ai pleuré, j'ai rêvé du goût du sucre, du sel. Je suis resté ainsi allongé durant 5 mois et quand ils ont jugé que je pouvais rentrer chez moi, je n'étais plus capable de soulever 100g.
En ressortant à la fin du mois, je ne me retrouvais pas à zéro, mais bien en dessous, je n'avais jamais vécu une situation pareille. Devant me débrouiller tout seul, je suis tombé plusieurs fois chez moi à rester des heures au sol quand je voulais effectuer un transfert du fauteuil au lit. Dans les yeux des gens que je croisais en rue, je lisais toute la peine de me voir à l'état de cadavre, la mine blafarde, les yeux vides. Mais j'ai tenu à cause de ces gamins qui se retrouvaient en situation de paraplégie, tétraplégie après avoir assisté à des combats de catch à la télévision, puis reproduit les scènes de combat, et qui devaient, avant même d'avoir commencé à vivre, être privés de la liberté, de la dignité et des joies que peut procurer un corps.
Et ces 5 mois d'hospitalisation que je venais de vivre me donnaient encore plus de hargne pour me reconstruire. Alors, quand les médias aujourd'hui me posent la question « N'avez-vous jamais songé à abandonner durant le périple Le Havre-Menton ? », pensez-vous qu'après avoir traversé cette mésaventure, j'aurais pu un instant imaginer laisser tomber les bras ?











Mai 2010 - Novembre 2010, c'est le temps qu'il m'aura fallu pour me retrouver debout sur la no finish line à Monaco... Malheureusement lors de cet événement, j'ai chuté lourdement sous la pluie, les embouts de cannes n'étaient pas encore au point pour avoir assez d'adhérence. Je suis malgré tout resté debout tous les jours sur la manifestation sans bouger, j'avais une inflammation au niveau de l'omoplate droite.











J'ai repris la direction de la salle de musculation d'Olivier Amalberti qui m'a fait travailler jusqu'au mois de juin durant des heures, tous les jours. Si j'avais eu les financements, je serais déjà parti du Havre au mois de Juin. Vu le manque d'enthousiasme des sponsors potentiels, j'ai repoussé une première fois au 15 juillet en me disant que le slogan allait être « On a fêté le 14 juillet et maintenant le 15, que fait-on pour que nous puissions tous faire la fête ? ».











15 juillet, toujours pas trouvé de sponsor mais je réserve le camping car, et avec le retraité qui s'est engagé avec moi à le conduire puis à trouver plusieurs chauffeurs, nous repoussons le départ au 10 août, jour de mes 50 ans, avec comme slogan « Je quitte Le Havre en paix pour rejoindre Menton mon Paradis ». C'est l'ultime date, autrement je ne commence pas le périple. Ensuite, une commerçante, Cathy, se propose de démarcher tous les commerçants de Menton et à mon grand étonnement, elle réussit en une semaine à me récolter 5000 euros. Au travers de cet écrit, je l'en remercie car elle a contribué au départ.

Une semaine avant de démarrer, j'ai eu une entrevue avec un politicien qui va investir dans ma démarche et qui réussit à impliquer deux autres entreprises. Il s'agit de monsieur Cherki , Maire d'Eze.

L'une de ces entreprises, AUTOREFLEX, s'est engagée à hauteur de 2000 euros. A la tête de cette entreprise, Monsieur Cartier m'a demandé une reconnaissance d'attribution de cette somme au nom de l'association, que je lui ai fait parvenir. Malgré de multiples relances, l'association n'a jamais reçu de sa part un seul euro...
Cette entreprise a bénéficié tout au long du parcours, d'une visibilité au niveau du camping-car et de publicités au travers des médias.

Ma démarche n'est qu'humanitaire, or il existe des humains peu scrupuleux.

Il me semble que Brel dans "ces gens-là", chantait:
"Faut vous dire Monsieur, que chez ces gens-là, on ne vit pas Monsieur,on ne vit pas...on triche."

Le 7 août, je n'ai pratiquement pas dormi. Je n'ai pas arrêté de cogiter. Les doutes, mes doutes, font que je me demande dans quelle folie je me suis lancé. Mon réveil se fait à 5 h du matin pour me préparer à partir. Nous avons passé la veille à préparer le camping-car pour être prêts ce matin. Je descends devant chez moi, il fait beau, il fait chaud et je m'étire les abdominaux devant l'école Anne Frank. Evelyne ma voisine vient me préciser qu'elle sera au départ. J'en suis content mais la pression monte: Dans quoi je me suis lancé ?...

Dans la presse locale de Nice Matin, je lance une invitation aux Mentonnais à venir faire 400m sur le bord de mer pour me saluer avant mon départ. Tous les premiers dimanches du mois le bord de mer devient piétonnier et je désirais profiter de l'occasion pour avoir tous les gens à côté de moi sur la route. La fermeture du bord de mer le premier dimanche est une institution depuis des années à Menton, et étrangement, il y a eu un oubli, ils n'ont pas fermé le bord de mer... Bizarre, ça commence mal. Et ça fait très mal.

Effectivement, je suis devenu à mon insu un outil pour politiques. J'avais pourtant obtenu un rendez-vous avec Monsieur le Maire avant d'avoir l'entrevue avec Monsieur Cherki.
Au rendez-vous en Mairie de Menton, où après une heure d'attente on me signale que le Maire a été retenu, et donc que ce ne sera pas grave puisque que son Adjoint, Monsieur Novelli, fera un compte rendu à Monsieur le Maire concernant ma demande d'aide financière pour me permettre de partir. Je suis occupé à détailler les raisons de ma démarche devant quelqu'un complètement désintéressé, et il griffonne sur un bout de papier chiffonné des notes: ma tentative de démarche unique au monde...
Je ne peux qu'imaginer dans ces circonstances qu'il a dû terminer à la poubelle une fois la porte passée.







Ce qu'il faut réaliser, dans ma démarche, c'est que je n'avais aucun repère, jamais personne dans ma situation n'avait osé, ne fût-ce qu'imaginé une telle entreprise, et dans mes rêves les plus fous je n'aurais jamais imaginé entrevoir la possibilité d'une réalisation aussi démente. Je n'avais au départ, et durant toute la traversée, aucun suivi médical, aucun plan nutritionnel, ni aucun kiné ou osthéo. Les rencontres vont se faire au fur et à mesure du parcours, jour après jour. Je n'ai pas d'itinéraire précis et durant le parcours, je vais changer souvent d'itinéraire. Tout ceci pour vous dire que tout le monde imaginait une structure professionnelle, une équipe qui me déchargeait de toutes les contraintes alors qu'en fait, c'était la vraie aventure durant 7 mois. Voilà.



Durant la montée sur Le Havre, le retraité de la PAF, qui est mon chauffeur, va déjà m'interloquer en me tenant par deux fois les propos suivants : « Joe, quand tu seras prêt, je t'expliquerai le vrai sens de la vie, la raison de notre passage sur Terre »… je me disais, encore un gourou, mais que ça allait lui passer.
Le 10 août au matin, il est organisé un départ à la mairie du Havre qui se prolongera jusqu'à 11h à cause du protocole. Mon départ se fait dans l'émotion, filmé par France 3 et j'effectue un parcours de 7 km d'une traite alors que je n'avais jamais fait plus de 3 km de ma vie. Il y a un décalage dans cette journée parce que la seconde séance pour arriver à mes 10 km quotidiens, va me faire puiser dans mes réserves déjà. C'est ainsi que le premier soir, mon arrivée à Harfleur se fera dans un épuisement total. Je prends la décision au moment même de consulter un kiné directement le lendemain. J'obtiens un rendez-vous en début d'après-midi le 11 août, dans un quartier qui semble paisible.





Durant ma séance, mon chauffeur commet l'imprudence de laisser la porte latérale grande ouverte pour effectuer des travaux de l'autre côté où se trouve la trappe pour les toilettes chimiques. C'est là que des jeunes s'introduisent dans le camping car pour dérober l'ordinateur de l'association et la sacoche avec les effets personnels du chauffeur. Nous allons passer toute l'après-midi dans un commissariat à faire la déclaration de vol. Quel début d'aventure ! Je ne m'imaginais pas vivre une telle situation.










Le soir même, à Harfleur, nous avons rendez-vous avec des reporters d'une grosse chaîne de télévision française. Alertée par l'événement, la chaîne me dépêche un caméraman et un reporter pour leur JT. Je ressens de la part du reporter un grand intérêt pour ma démarche et le vol passe au second plan. Mais malheureusement, pour la chaîne, il n'y a pas assez de sensationnel, pas de sang, pas de blessé, donc j'apprendrai que l'interview passera à la trappe.








Le lendemain, je quitte Harfleur, prends une route à gauche et je commence à attaquer la montée de Gaineville sur 3 km sur une route détrempée. Je n'avais jamais marché auparavant sous la pluie. (Il ne pleut jamais à Menton, ce n'est pas un Joke, mais une réalité.) Gros moment de stress…
L'après-midi, ma séance se déroulera sous des trombes d'eau, et dans une circulation intense. Lors d'une pause contre le camping car, le chauffeur heurte le système de déverrouillage de mon orthèse droite. Je ne m'en rends pas compte. Et après avoir effectué trois pas, je me vautre sur le bitume. C'est ma première chute.









Lors de mon passage dans le village de La Remuée, grand moment d'interview pour une très grosse radio. Sur un ton autoritaire, J'ai un debriefing de mon interlocutrice sur les choses à dire et à ne pas dire, donc : je ne dois pas couper la parole à l'animateur de l'émission, et remercier cette même grosse radio le plus souvent possible pour ce qu'elle fait pour moi. Ils ont contacté après ma mésaventure du Havre les auditeurs pour me trouver un ordinateur de remplacement. Mais je leur fais remarquer que la mairie du Havre, pour s'excuser de l'incident, m'a déjà donné un ordinateur de remplacement. « Voulez-vous faire votre publicité ou pas ? Voulez-vous passer sur les ondes ou pas ? Vous ne parlez pas de cet ordinateur reçu par la mairie du Havre, il n'existe pas."...

A Gravenchon, a lieu une rencontre que je pense, avec le recul, déterminante pour la suite. Je vais avoir des séances de kiné avec Julien qui va me diriger vers un système appelé « Taping ». Je l'utiliserai pendant une longue période sur les avant-bras pour éviter blessures et contractures. Merci Julien ! Rencontre magique et essentielle pour le restant de l'aventure.
Je vais, 4 jours d'affilée, avoir des séances de massage chez Julien vers midi trente. A chaque fois, le chauffeur me préparait le déjeuner et nous mangions juste avant ma séance. C'est lors d'un de ces repas qu'un discours de mon chauffeur me heurte: deux gamines d'environ 12 ans, il est vrai, habillées de façon provocante, mais de 12 ans, passent à côté du camping-car. Et là la réaction de mon chauffeur est telle que je ne peux qu'en être choqué. Je n'entretenais déjà aucun dialogue avec lui, plusieurs choses m'avaient déjà déplu depuis le départ, comme le jour où, en fin de séance, après avoir parcouru 10 km, complètement explosé par l'effort, je me suis assis sur le siège passager et, pendant qu'il préparait le repas, il me dit "puisque tu n'as rien à faire, tu vas éplucher les carottes." Il est vrai qu'il n'avait pas la tâche facile, qu'il devait s'occuper de toute la logistique, gérer ma sécurité à lui tout seul. Mais tout au long des 400 km que je vais parcourir avec lui, il aura essayé de se prendre pour celui sans qui rien n'aurait été possible. Il attendait quelque chose de son acte. Souvent, j'aurai eu avec lui des prises de têtes, des disputes, comme le jour où j'ai un coup de fil de l'attachée de presse et qu'il me dit "On a assez traîné, raccroche!" Là, j'ai éclaté: "Pour qui te prends-tu?". Sa présence qui à l'origine devait être une aide, un soulagement, finissait par rendre tout compliqué.













J'ai fait la connaissance de Dany et Christophe lors mon départ du Havre. Leurs fils Alexandre ayant eu un accident de moto deux ans auparavant, sensibilisés et concernés par ma démarche, ils vont me soutenir une grande partie de l'aventure.
















Mon parcours va être jalonné de nombreuses rencontres.



Normandie...
Peu avant de quitter Menton, j'étais allé voir un médecin à l'IM2S à Monaco, et au cours de ma conversation avec lui, il me dit que la réussite de mon projet passerait par la reprise de conscience de mes jambes. Sur le moment-même, je l'ai pris à la légère, mais c'est une information qui est restée ancrée en moi. Et au fur et à mesure du parcours, son discours prenait tout son sens. Pour pouvoir enchaîner mes 10 km journaliers, je devais être mes jambes. Je m'explique : A chaque fois que j'effectuais le mouvement pendulaire, à l'instant où je jetais mes jambes vers l'avant, et qu'elles atterrissaient au sol, je me disais « Je suis mes jambes ». Et à ce moment-là, je trouvais un équilibre qui me permettait d'avoir une phase de relâchement musculaire du buste et donc de récupération.
Et c'est cette phrase d'apparence anodine qui va me permettre d'effectuer ce qu'aucun humain n'avait encore réalisé.
















Normandie...
Aujourd'hui un chauffeur est arrivé un chauffeur de remplacement qui prend le relais pour une semaine. C'est un dentiste à la retraite qui s'est cassé une dent juste avant d'arriver : Dominique avec qui je vais vivre un moment de relâchement. Merci Dominique.




















Le pont de l'Arche…

















Au milieu de la circulation, j'aligne mes 10 km.






Fin de journée. C'est avec plaisir et avec un sentiment d'allègement que je retire mes orthèses tous les soirs.
Mission remplie pour moi.
Durant ces 7 mois, tous les soirs, j'ai poussé mon organisme à l'épuisement total. J'étais vidé, un vrai zombie...
Et tous les soirs, pendant 7 mois, je me suis endormi à 21 heures en ne sachant pas l'état dans lequel j'allais être le lendemain matin, si j'allais pouvoir récupérer.
Mon réveil a sonné tous les matins à 5 heures et à mon grand étonnement, mentalement et physiquement, j'étais prêt à attaquer la journée,tout en sachant que le soir je retomberai inévitablement vers ce cycle d'épuisement...











Frédéric me rejoindra souvent sur le parcours pour me sécuriser.


















Durant le parcours, je n'aurai pas eu beaucoup de pluie, mais parfois je me suis retrouvé trempé jusqu'aux os. Ce fut le cas ce jour-là le long de la Seine.













Mon réconfort durant ces longs moments de souffrance aura été ces rencontres avec des inconnus, et surtout quand c'était de jeunes et jolies blondes...












A la sortie du Vaudreuil, se pointe à l'horizon un MUR que j'appréhende dans une décontraction totale. Et je me dis « Pas après pas, je te gravirai ! »









Pour vous donner le degré de difficulté que m'a imposé ce MUR.













Le sommet de la côte approche et je ne m'imagine pas ce qui se trouve derrière moi puis ce que je viens de réaliser. Arrivé en haut, j'aurai la sensation d'avoir été le « roi du monde » pendant un instant...












En direction de Vieux-Villez, je m'attaque au lieu-dit « le goulet du Diable » : 1 km d'une descente à 9% suivi d'une montée à 9% sur 1 km aussi. Les camions me provoquent des déplacements d'air et me déstabilisent parce que pour pouvoir gravir la montée, ils accélèrent dans la descente. J'ai failli chuter plusieurs fois à cet endroit.










Pour la traversée de Rosny sur Seine, Dany est venue m'accompagner. Le parcours va être compliqué car il s'effectuera à une heure de pointe et je vais effectivement gravement accentuer les problèmes de circulation. A un moment donné, nous croisons une fourgonnette de la Gendarmerie Nationale avec deux jeunes femmes à bord. Mon chauffeur, sans ceinture de sécurité et occupé à téléphoner, se fait interpeler mais rétorque qu'à la vitesse à laquelle nous nous déplaçons, le téléphone n'est pas un danger et que la ceinture n'est pas nécessaire. En plus, étant retraité de la PAF, il fait « partie de la maison ». Grosse, grosse, énorme erreur.

A la sortie de Rosny sur Seine, 200m avant d'atteindre les 10 km journaliers, j'aperçois au loin une fourgonnette de la Gendarmerie, sirène hurlante, venir se planter devant moi en m'obligeant à m'arrêter. Débarque un gradé accompagné des deux jeunes filles croisées précédemment. S'en suit un discours agressif de l'adjudant qui veut me dégager pour me mettre contre le mur, mais je lui signifie que je suis paraplégique et que me déplacer sur du gravier, c'est excessivement dangereux. A ce moment-là, dans sa colère, il veut me saisir en dessous des aisselles pour me soulever. Je suis resté impassible et je lui demande que l'on puisse s'expliquer. En fait, le chauffeur au Havre, suite au vol, et maintenant à cause de son inconscience, a failli pour une seconde fois faire interrompre mon périple. Pour la première fois, je vais utiliser cette phrase : « Savez-vous pour qui j'ai entamé cette démarche ?, question que je pose à l'adjudant. Il est toujours dans l'agressivité et me répond « pour qui ? ». Je suis tellement épuisé que je lui réponds sereinement « Pour vous ! ». Dans ses yeux, je comprends que je le chamboule. Et j'en profite pour lui dire « Vous êtes comme moi et 7 milliards d'autres personnes sur cette planète à avoir une colonne vertébrale ...». L'histoire se termine pratiquement en embrassades. Il est vrai que je n'ai aucune autorisation pour pouvoir déambuler de la sorte sur les routes de France et que mon action est totalement dans l'illégalité, mais me fallait-il vraiment avoir une autorisation pour essayer de faire prendre conscience de la paraplégie tétraplégie ?








Avec mon chauffeur, je me mets en scène et j'organise une prise de vue simulant un autostoppeur sur des béquilles. Mais je n'ai jamais eu de chance et personne ne s'arrête. Donc je me résigne à continuer en béquilles...








En me dirigeant vers Mante la jolie, la pluie et les routes humides font à nouveau leur apparition. Il faut que je m'adapte à des conditions qui ne me sont pas familières car « Il ne pleut jamais à Menton », et c'est une vérité ; je bricole une protection pour éviter de tremper les prises de cannes. Système qui va s'avérer inefficace et perturbant.














Période vraiment très compliquée, stressante et sensation malsaine causée par cette humidité. Je suis trempé jusqu'à l'os.












A partir de Meulan en Yvelines, et jusqu'aux Champs Elysées, je ne ferai qu'une seule séance par jour de 7 km en effectuant des marches de nuit pour éviter la circulation










Au moment de me diriger vers La Défense, il y a la construction de la ligne de tramway, et mon parcours de nuit est encore rendu plus difficile parce que la route est encombrée par les travaux. Je monte sur des monticules de terre, il n'y a pas de trottoir, et je réalise que plus rien ne va pouvoir m'arrêter.












Le 17 septembre, j'aborde la Défense à minuit quarante. La conférence de presse qui va avoir lieu au Marriott se rapproche. Le tunnel sous la défense va être le seul endroit de mon parcours que je ne pourrai pas faire car impraticable à pieds. J'aurais tant aimé pouvoir le faire.











Je passe par l'Arc de Triomphe pour descendre les Champs Elysées jusqu'au Marriott où je vais passer une nuit sur les Champs. Je me retrouve au milieu d'une population très dense. Bizarre, cette sensation après avoir passé des jours et des jours sans voir pratiquement personne. Elle est oppressante cette foule et je déambule dans la plus grande des indifférences. Si seulement ils savaient que je suis venu de cette façon du Havre. Je suis obligé de m'excuser auprès des gens pour pouvoir passer dans la foule











J'immortalise mon arrivée sur les Champs Elysées et je pose comme un touriste de base.








Le lendemain de la conférence de presse, où je n'ai eu que très peu de médias et peu de gens pour y assister, me revient en mémoire ce que l'attachée de presse m'avait dit à Rouen, à savoir, que ce serait à partir de Paris que l'événement prendrait de l'ampleur au niveau médiatique. Déçu et résigné, je me dis que les lendemains seront meilleurs. Mais au cours de tout le voyage jusqu'à Menton, ce ne sera qu'une suite de déconvenues. L'incompétence et le carnet d'adresses réduit de mon attachée de presse mèneront à un fiasco total de la couverture médiatique de mon événement.
Par contre, ça aurait été avec un plaisir énorme que je lui aurais réglé l'intégralité de sa rémunération si elle s'était investie à fond dans ma démarche.















Je longe les berges de Seine, seul...seul.















Je me dirige en longeant la Seine en direction le sud vers Maison Alfort










Grand moment de solitude, de désillusion après m'être laissé bercer par les promesses d'une attachée de presse pour la conférence au Marriott sur les Champs Elysées.














Collation au bord de l'eau avec un paysage bucolique plein de romantisme...













Quand j'étais plus jeune, et 6 ans après le début de ma paraplégie, j'ai entamé 3 ans d'études dans une grande école de photographie. J'y ai passé des heures et des heures à décortiquer avec un professeur d'esthétisme les oeuvres des grands photographes pour apprendre à diriger les regards. A Maison Alfort, je dirige mon accompagnateur et je me mets en scène pour essayer de mettre en application mes années passées dans cette grande école. J'adore cette photo parce qu'elle a fait renaître en moi cette passion pour l'esthétisme qui me semblait s'être évaporée depuis si longtemps...













A l'école vétérinaire, j'ai une pensée pour Werner qui a pris soin pendant de longues années à Menton de mon Golden Retriever, Moses (Edwin), champion olympique du 400 m haie à Montréal. Je voulais en faire un champion, sauteur de haie, mais à part sauter... les femelles, il n'a jamais rien voulu sauter... !


Moses est mort au bout de 16 années de vie suite à une tumeur au foie. Je l'ai accompagné jusqu'à son dernier soupir parce que j'ai voulu mettre fin à ses souffrances. J'avais sa tête entre mes deux mains quand il rendait l'âme, et j'ai pleuré, dans cette pièce chez Werner, toutes les larmes de mon corps. J'avais mal, mais j'étais soulagé parce que je mettais fin à ses souffrances. Je l'ai fait incinérer et ses cendres ont été mises dans une belle boîte en pin. Durant tout le voyage, il était là dans ce camping car sur mon lit. Il m'a accompagné à chaque instant dans les difficultés de mon voyage, il me suffisait de me saisir de la boîte pour qu'il me recharge de son énergie. Au travers de cette boîte, en fermant les yeux, j'avais la sensation de palper tout son corps, de sentir sa tête, ses muscles... Dans les moments difficiles, il me suffisait de cela pour repartir. Durant son existence, je lui ai fait parcourir des milliers et des milliers de kilomètres à suivre mon fauteuil sous des chaleurs torrides comme il peut y avoir à Menton, sous le grand froid de Varsovie. Il a toujours été là pour moi, même si je pense qu'il aurait préféré une vie « pépère ». Des milliers de kilomètres à souffrir, et maintenant c'est lui qui assistait à ma souffrance...













Je poursuis ma route sur une piste cyclable. Ça me change de marcher sur la route au milieu des véhicules.















Passage par Créteil sous un ciel bleu azur dans le grand nord. (Tout ce qui dépasse Sospel, c'est le grand nord !). Ce village est à moins de 20 km de Menton, donc au dessus, c'est le froid et la grisaille... et pourtant je suis sous un ciel bleu. Etonnant ! Ou c'est mon ange gardien...










Au bout de 260 km, à Corbeil Essonnes, au moment d'une pause, je m'exerce à trouver mon équilibre sur mes hanches sans aucune prise avec les mains. J'arrive à tenir plus de 15 secondes à force d'une concentration extrême. MAGIQUE cette sensation !








Repos en bord de Seine à Corbeil Essonnes.








Tea time en bord de Seine à Corbeil Essonnes.







Il m'arrive au cours du parcours de marcher sur les trottoirs, ce qui, par les obstacles, et les variations de rythme, me fatigue beaucoup plus.















En direction de Fontainebleau, la lumière de cette fin de journée donne un ton chaud aux couleurs .









L'agriculteur qui travaille dans son champ dans l'arrière plan de cette photo, va nous faire cadeau d'un cageot de légumes.












A la fin de cette journée, à la sortie de Chailly-en bière, je téléphone à mon préparateur physique à Menton pour lui demander si au bout de 290 km, j'ai le droit à une pizza... « Est-ce que ça te fait plaisir ?, me demande-t-il. « J'en rêve, surtout une au feu de bois ! C'est ainsi que le patron nous fait cadeau, à mon chauffeur et à moi, du repas de ce soir. Je m'en suis léché les doigts. Je m'en souviens encore. Merci.












Après une journée de repos, pour digérer cette fameuse pizza, on reprend la route en direction de Fontainebleau sur une portion de Nationale où la circulation est dangereuse.















En arrivant à proximité de Fontainebleau, au bord de cette Nationale, au cours d'une pause, une femme qui est assise m'interpelle avec un accent roumain pour me demander si je voulais faire du sport...














Instant publicitaire au bord de la route pour vanter les vertus de cette boisson.












Après une sévère descente, j'atteins Fontainebleau après 295 km.








Le 1er octobre 2011, à 13h44, je tague pour la première fois au sol ma distance parcourue, soit 300 km pour un paraplégique censé être poussé dans un fauteuil. Pour la première fois, je signe Joe Kals parce que c'est un moment dont, durant les derniers kilomètres, j'ai rêvé. Je suis le premier et l'unique paraplégique à l'avoir parcourue. Je suis tellement heureux que sur Facebook, je le dédie, cet instant, à Dany, à Christophe, et Alexandre leur fils de 21 ans paraplégique.







Après Fontainebleau, en me dirigeant vers Sens, il y a de belles routes qui me permettent d'aligner les kilomètres sans trop de variation de mouvements.












C'est la première fois dans le parcours, et depuis 29 ans, que je suis debout sur de l'herbe, et cette sensation provoquée par l'amortissement me soulage le corps. J'ai redécouvert cette sensation après autant de temps.










Cette station à essence abandonnée à l'état de ruine me fait penser à Bagdad Café et je prends la pose pour immortaliser cette évocation.







Au soleil...
Je pose pour mes « sponsors »...










Lors d'une journée de repos, j'ai contacté une osthéo sur Fontainebleau qui a entendu parler de ma démarche et qui est prête à bousculer son planning de rendez-vous pour me manipuler. 1h30 de traitement et durant la conversation, elle me parle de sa passion pour le golf. Quel voyage ! Et quelles rencontres ! Quand je suis ressorti, je ne pensais pas qu'elle allait être aussi efficace. Elle m'a retiré toutes les tensions du corps. Si vous passez par Fontainebleau, je vous la recommande. C'est comme un bon vin, ça se savoure.









Je me sens bien dans mon corps cet après-midi et on retourne dans un camping de la forêt de Fontainebleau, j'en profite sous cette chaleur inhabituelle pour un mois d'octobre, pour me promener et pratiquer ma grande passion : la photo.








Pascal Villebeuf, qui avait couvert la réception à la mairie de Fontainebleau en compagnie de Philippe Mahut, ancien professionnel de football ayant mis un terme à sa carrière au Havre, m'a rejoint sur la route pour faire des clichés (pas un « shooting »). C'est un artiste dont je suis les publications de ses photos sur Facebook, il a une incroyable sensibilité. On s'est arrêtés à un moment pour déguster un thé vert bio, petit moment magique.









Ce matin Christian Choupin et son caméraman m'ont rejoint pour faire un sujet pour France 3 et Tout le Sport.







Après cette journée de couverture médiatique, en fin d'après-midi, Fabrice, le retraité de la PAF qui me fait vivre un calvaire, laisse la place à son demi-frère Johany (à gauche) et à Robert (à droite) qui vient de perdre son chien, un yorkshire, ce qui le rend très mélancolique. Je vais vivre des moments très agréables avec eux, soulagé du relâchement de la pression qu'exerçait sur moi Fabrice.









Une rencontre extraordinaire sur une route qui traverse les champs. J'aperçois deux marcheurs. Originaire du Havre, le couple vient à ma rencontre pour me signifier son admiration après m'avoir suivi à la télévision lors du départ. Ces deux personnes suivent le chemin de Compostelle.


















J'adore cette photo.








Durant cette journée, je vais souffrir sous cette pluie abondante, mais rien ne m'arrête dans ma marche en avant.



















Je marche vers Sens. La pluie s'est arrêtée.
















Direction Pont sur Yonne, la chaussée me permet de marcher au milieu pour éviter de créer des bouchons.

















A force de me crisper sur les prises de cannes, les paumes de mes mains en deviennent douloureuses.










Nous sommes arrivés à Pont sur Yonne, le cadre et la lumière de cette fin de journée font que je demande à Robert et à Johany de prendre la pose devant l'Yonne.








J'en perds le nord. Dans quel sens aller ?...









Un jour de repos, lors de mon passage à Sens, j'en ai profité pour me mettre la boule à zéro. N'ayant pas mon appareil photo avec moi, ce jour-là, je n'ai pas pu faire une photo de la coiffeuse. Et deux jours après, sur une route de campagne, au milieu de nulle part, durant ma marche, une voiture s'arrête à côté de moi et la personne qui conduit m'appelle par mon prénom... Et je reconnais ma coiffeuse de Sens. Pour faire un portrait, je demande à Robert d'aller me chercher une paire de ciseaux dans le camping car. Et voilà !





Après avoir quitté Villeneuve sur Yonne, mon parcours se fait dans la campagne.








C'est la première fois depuis le départ que j'ai une escorte. Les motards de la Gendarmerie étaient sur un pont d'une route Nationale avec des jumelles pour prendre en flagrant délit des conducteurs en excès de vitesse. En m'apercevant déambuler sur cette Nationale, ils viennent à ma rencontre dans la précipitation. Très sensibilisés par ma démarche, ils arrêtent le contrôle de la vitesse en me proposant de m'accompagner sous bonne escorte jusqu'à l'entrée de Joigny.









C'est agréable de se sentir sécurisé par les forces de l'ordre.











A l'entrée de Joigny, il est indiqué le jumelage avec une ville en Italie. Et rien que de voir les couleurs du drapeau, cela me ravit parce que j'adore l'Italie, sa cuisine... et les italiennes.







Je viens dans le centre de Joigny d'atteindre pratiquement 400 km depuis mon départ. Cela, effectivement, grâce à mon mental et ma condition physique, mais surtout aux progrès effectués dans l'emploi des matériaux pour les orthèses : le carbone.











A Auxerre, c'est avec la gorge serrée que je vois partir Robert et Johany. Ils m'auront vraiment fait vivre un moment de légèreté dans la difficulté. Durant la nuit, Fabrice le retraité de la PAF, doit venir prendre le relais et j'appréhende.













Je fais une chute dans l'herbe et j'arrête le temps parce que, depuis combien d'années, je n'avais plus eu le contact avec la terre. Je le vis et je me rends compte que cet instant me procure un immense bonheur. Quelle chance j'ai.











En route vers Auxerre, il y a un château d'eau au milieu d'un champ avec une peinture magnifique









Depuis le kilomètre 300, et en parcourant les kilomètres pour la centaine suivante, je réfléchis à une mise en scène pour immortaliser le moment. Ce sera probablement cette photo qui servira un jour à mon livre, si je l'écris.










Les stars de ce monde, les gens qui ont le pouvoir, le monde de la recherche... ils ne sont pas venus à moi, mais c'est moi qui suis allé vers eux...











A la sortie d'Auxerre...1,2,3,4... c'est toute ma photo !










Malgré le froid et le brouillard, je bois énormément.











Je ne le sais pas encore, mais je me dirige vers Clamecy où le voyage va prendre une autre dimension.





La pression morale que m'inflige le chauffeur retraité de la PAF m'épuise plus que l'effort en lui-même.







Sur une aire de parking, en direction de Clamecy, je m'arrête pour voir l'état de mes pieds parce que la veille, j'ai attrapé des ampoules. Heureusement que je n'ai aucune sensibilité parce que j'aurais hurlé à la mort vu l'état de mes pieds. Après 420 km, pas les doutes, mais les interrogations me viennent.





Boire, toujours boire ! J'en aurai descendu des bouteilles d'eau !








Au camping d'Andryes, les gérants, un couple de hollandais, nous ont donné un emplacement, le pain chaud tous les matins et leur gentillesse, gracieusement. Et le dernier jour, avant notre départ, ils ont remis un chèque de 50 euros pour l'association. Exceptionnelle, l'émotion que j'ai ressentie à ce moment-là.




L'état de mes pieds s'est aggravé et à un moment donné, le chauffeur, le retraité de la PAF, en voyant mes pieds, me lance un regard de désespoir et me dit : « Joe, pour toi, c'est l'occasion de sortir la tête haute de cette histoire, et tu as le droit d'invoquer une blessure pour cause d'abandon ». Je venais de parcourir 420 km. 420 km pour un paraplégique. Et celui qui était censé m'épauler, me proposait d'abandonner ! Je l'ai insulté comme je pense que je n'ai jamais insulté personne auparavant. Et là, il fit 180 km avec le camping car pour avoir une ligne directe de train à partir de Dijon pour retourner sur Menton.











Il me laissa en plan devant la gare avec un camping car que je ne pouvais pas conduire et qui, au bout de 2 jours, n'avait plus de courant, les batteries étant à plat. Je suis resté devant cette gare de Dijon pendant 4 jours. Confiant dans l'avenir, je n'avais pas fait tout ça pour rien.








Christophe, le mari de Dany, est venu à ma rescousse depuis le Havre pour me sortir de ce mauvais pas.











Christophe me force à aller au CHU de Dijon pour me soigner les pieds. J'appréhende car j'ai peur du verdict du médecin. Son discours est que c'est à surveiller et des soins infirmiers journaliers doivent être administrés.













A Clamecy, Christophe est à la recherche d'infirmiers. Malheureusement je ne peux pas y accéder. Je le laisse monter et j'en profite pour essayer, au travers d'une photo, de recréer l'ambiance de ces vieilles maisons bourguignonnes.













Malgré le séisme provoqué par le départ de mon chauffeur et mes blessures, je suis comme cet arbre, debout, à reprendre ma route.













Les couleurs de l'automne et les paysages sont somptueux, mais la route me semble interminable. 9 jours d'arrêt ont eu des conséquences sur la reprise.









Malgré l'adversité et mes blessures, je suis dans l'euphorie.








Christophe ne pourra pas rester très longtemps éloigné de son fils Alexandre car il vit excessivement mal le début de sa paraplégie. Christophe m'aura permis de faire la transition avec la venue d'un rayon de soleil dans ma vie et dans cette aventure. Son accent méridional, sa gentillesse et sa façon de tourner la vie en une poésie magnifique, auront fini par me convaincre que j'ai un ange gardien après toute cette sombre période que je viens de vivre. Gilbert me fera vivre totalement l'opposé de tout ce que j'ai vécu depuis le Havre. Il se pliera en quatre pour me faciliter le quotidien et n'avoir plus que la marche à gérer.









Sous la grisaille bourguignonne, Gilbert me parle de la beauté des oliviers de Nyons. Quelle contradiction, ce paysage vert sous un ciel plombé alors que lui, me parle du soleil avec son accent chantant...








Durant le trajet et surtout dans la Nièvre, je vais devoir gérer des dénivelés que je ne me serais jamais cru capable de franchir. Dans une descente, juste avant d'arriver à Clamecy, sur un sol détrempé, je vais, à chaque fois que je vais poser les pieds, sentir mon corps partir, glisser vers l'avant



Je rentre dans Clamecy où il n'y a aucune construction moderne, que des maisons de caractère longeant l'Yonne. Anecdote dans l'histoire du parcours : en arrivant à Clamecy, tous les campings où je résidais régulièrement vont être fermés pour cause d'hiver. C'est ainsi que Gilbert et moi, nous allons nous présenter à la mairie pour trouver une solution pour l'électricité et l'eau. Nous rencontrons une responsable dans le stress qui nous trouve comme seule solution de nous installer à l'entrée du cimetière de Clamecy. Nous allons, en quittant la mairie, voir le lieu qu'elle nous propose, et rien qu'à l'idée de devoir dormir là, je suis dépité par le contexte. Heureusement qu'une employée, choquée par le peu d'implication de cette responsable, va me proposer via Facebook de nous héberger non loin de Clamecy où elle réside. Nous allons découvrir ainsi un coin de paradis au bord d'un canal et la maison des Moreau. C'est ainsi que naquit une grande amitié entre tous les gens que je vais rencontrer.




A Clamecy, sur le pont qui enjambe l'Yonne, je tague le km 450 et Gilbert, qui est mon chauffeur, se transforme en photographe de talent...









Depuis Clamecy, 3 générations de « Moreau » m'apportent leur soutien jusqu'à l'arrivée à Menton. Annie Gomez, ici à gauche, va m'accompagner durant quelques jours. Son beau-frère est paraplégique.













La Nièvre est l'occasion pour moi de marcher accompagné et soutenu, ce qui me donne une sensation de légèreté et de facilité.














Interview chez David qui m'héberge pour quelques jours pour « Radio Flotteur Clamecy ».

















« Boubou », le batteur du groupe de David « Ré Si P Rock », est enrôlé pour augmenter l'effectif de l'équipe qui assure ma sécurité sur ces routes de campagne.













J'essaie au travers de cette prise de vue, de mettre en scène mes anges gardiens. Ces moments de complicité sont pour moi un instant de relâche car la marche est un moment de concentration extrême.










Dans la Nièvre, mes débuts de journée commencent souvent sous le brouillard.













Dans Corbigny, au moment d'alterner la circulation, une femme stoppée par le père de David, lui pose la question : « ok, il a des béquilles, mais quel est son handicap ? Est-il vraiment handicapé ? ».









J'ai l'admiration de la population des champs...












Christian, le père de David, sur cette route, au travers d'une forêt très dense, m'ouvre la route qui mène à Montreuillon.







Avant mon passage dans Montreuillon, qui a été le centre géographique de la zone Euro, nous avons prévenu le Maire d'un évènement unique qui allait passer par sa commune : Joe Kals, le paraplégique qui traverse la France, va traverser Montreuillon en début d'après-midi. Apparemment, cela n'avait qu'un intérêt mineur pour lui parce qu'il n'a pas voulu interrompre juste 5 minutes la partie de belote du dimanche après-midi











Ce 11 novembre, c'est une barrière psychologique que je viens d'atteindre, les derniers mètres ont été très éprouvants car le parcours dans le Morvan est vallonné. Ce 11 novembre 2011, à 17h37, un paraplégique est arrivé à parcourir 500 km avec un stress constant de la chute, en perpétuel équilibre, et j'y suis arrivé. C'est une explosion de joie avec toutes les personnes qui m'accompagnent depuis Clamecy.








J'avais demandé à David de me trouver une bâtisse en ruine dans la campagne parce que depuis quelques jours, je m'imaginais une photo symbolique et percutante pour faire comprendre ce que je venais de vivre. Arrivé à l'endroit, il fait très froid mais je retire mon T-shirt et je me fais taguer 500 km sur le buste avec un rouge à lèvres et j'indique que ce n'est qu'avec ce buste que j'y suis arrivé. Je relève le côté droit de mon pantacourt pour donner une visibilité sur mon appareillage. J'aurais aimé relever le deuxième, mais sous celui-ci se trouve ma poche de jambe. Et je suis dans la pudeur et encore dans la peur de choquer les gens qui sont à côté de moi.










Dans l'euphorie du moment, Gilbert et David se font taguer « Joe l'a dit » et « Joe l'a fait » mais je dois les remercier, sans eux, je n'y serais pas arrivé.










Durant cette traversée du Morvan, ce ne sera régulièrement que des gens du pays qui viendront m'accompagner sur le parcours. Je prends du plaisir à prendre l'appareil photo et à essayer de composer une image statique mais dynamique.













Pour atteindre Château Chinon, Gilbert et moi, nous nous retrouvons seuls dans ce cadre fabuleux. J'ai vraiment beaucoup de chance, les morvandiaux me disent que je suis béni des Dieux parce que si j'étais passé dans la région l'année précédente, ce qui aurait dû être mon passage si je n'avais pas eu les complications suite à l'opération des hanches, l'hiver ayant été rude, j'aurais eu un mètre de neige à la même période. Et là, comme vous pouvez le voir, il fait chaud, et on a un ciel bleu pour mon passage en ce mois de novembre.








Pour rejoindre Arleuf, il y a une très longue montée et Mathieu Perrot de TF1 et son cameraman passent la journée pour rendre un reportage pour le 20h du 24 novembre














Au panneau Arleuf, c'est la photo souvenir.












Beau gosse, le David...












Gilbert aura été une personne essentielle à plusieurs niveaux, mais surtout dans son implication à contacter, harceler tous les médias lors de nos passages.













Au centre international d'hébergement, le « centre Saint-Exupéry », Gilbert se prépare à retourner à Nyons et c'est la gorge serrée que je vis ces derniers instants avec lui. On s'la joue...










...mais en fait, une grande amitié et un grand respect sont nés entre nous









Je tiens au travers de cette photo à remercier toute l'équipe du centre de Saint-Exupéry d'Autun pour leur gentillesse, leur disponibilité et leur implication dans l'hébergement de l'équipe. La directrice a organisé une collecte parmi le personnel pour m'aider à financer le projet, et c'est ainsi qu'ils remettront à l'association un chèque de 200 euros. Un grand merci !













La traversée d'Autun se déroule sous une fine pluie, mais j'ai vraiment des sensations de facilité malgré la fatigue accumulée.














J'aurais été escorté par la gendarmerie d'Autun, ce qui aura grandement facilité la gestion de la circulation.










Après la traversée d'Autun, l'après-midi va se poursuivre par une très longue montée de 5 km sous la pluie pour atteindre un plateau.









Sur le plateau, nous croisons un paysan qui transfère son troupeau de vaches d'un champ à un autre. Curieux, il s'arrête et nous interroge. S'en suit que je finis par donner à manger à l'une d'entre elles. Elle me fait perdre l'équilibre à chaque coup de tête tellement elle a de la puissance dans le cou.









En me dirigeant vers Blanzy dans la région de Montceaux les Mines, je vis une situation particulièrement stressante parce que le brouillard est très dense et j'appréhende l'accident : de voir sortir en face de moi quelqu'un qui doublerait un autre véhicule, et de derrière quelqu'un qui pourrait percuter le camping car du fait de notre lenteur.








Il y a juste cette lumière du soleil qui me fait espérer sortir de ce brouillard.









Ce 25 novembre, donc 14 jours après les 500 km, j'immortalise les 600 km avec un nouveau chauffeur qui s'appelle Bernard et qui vient de Pontarlier.





A Montceaux les Mines, la mairie nous a proposé de dormir dans une maison de retraite dans un appartement. Et c'est lors de ce passage que nous allons être approchés par un de ses résidents, Monsieur René, proche des 80 ans, qui se propose de venir une journée parcourir 10 km avec nous malgré un froid piquant...








Lors d'une pause, je demande à monsieur René de marquer l'instant, et quand il pose sa main sur mon épaule, je sens qu'il est occupé à grelotter tellement il a froid.

A Montceaux les Mines dans la maison de retraite, je profite d'une journée de repos avec un nouvel accompagnateur, Bernard de Pontarlier pour faire des publications Facebook. A un moment, il me demande si je veux un thé vert. Complètement pris par les publications, je lui dis oui, et ne fais pas attention au dosage. C'est ainsi qu'il va pratiquement me vider la moitié d'un sachet en vrac... Je n'aurais jamais fait autant de publications en une journée, jamais aussi productif sauf que j'ai regardé les heures défiler sans dormir jusqu'à 5h du matin ! J'ai pris la décision de continuer par une journée de repos supplémentaire. Première rencontre et anecdote avec Bernard... Sur cette photo, à l'heure du déjeuner, en nous arrêtant au bord de la route, il oublie d'éteindre les gyrophares et au bout de deux heures, au moment de démarrer pour la séance de l'après-midi, les batteries du camping car étaient à plat. Nous sommes au milieu de nulle part et vous n'allez pas me croire... 200 mètres plus bas, sur un chemin, il y a un garage et un garagiste avec un booster de batterie. N'est-ce pas incroyable ?



Sur la route menant à Cluny, je croise une personne qui me prévient qu'il y a une telle montée avant de redescendre sur Cluny, qu'il vaut mieux rallonger en contournant la montée. Il suffit de prendre une route à gauche qui va me faire perdre une journée et rallonger de 10 km, mais surtout, m'éviter de devoir faire cette montée que même, lui, valide, serait incapable de faire. Je suis hésitant, mais je continue à marcher en m'attendant à devoir emprunter un détour pour me rendre la tâche plus facile. Je marche, je marche en me demandant quand je vais atteindre cette route à gauche. Effectivement, le parcours se corse et ça monte. Je m'attends à tomber au bas du mur et devoir prendre cette déviation. C'est difficile et à mon grand étonnement, j'arrive à un sommet, et qu'est-ce que je vois ? La ville de Cluny. En fait, le personnage de cette rencontre m'a transmis sa propre incapacité à franchir une difficulté. C'était sa difficulté et pas la mienne.








Robert qui a été mon chauffeur au mois d'octobre avec Johany, vient marcher une journée avec sa femme pour traverser la ville de Cluny.







En quittant Cluny, je vais devoir monter en altitude...








...et Victor ...









...Bernard ...












... et Franck ...






... vont m'aider à franchir le Col du Bois Clair qui culmine à 396 mètres.













Je perds la tête...Suis-je à Berzé la Ville ou Sologny ?









Après plus de 620 km, il me devient de plus en plus facile de trouver, pendant une trentaine de secondes, un équilibre suspendu dans le vide.






Nous sommes invités chez Arthur. Il a eu quelques années auparavant un accident de moto cross et se retrouve paraplégique avec une lésion haute. Après les années de galère qui ont suivi le début de sa paraplégie, il a poursuivi son rêve de jeunesse : travailler dans la restauration.










Durant nos soirées passées chez la famille Brunet, Arthur va nous mitonner des plats exquis avec un raffinement et des saveurs que je ne connaissais pas. Merci à toi Arthur et à ta maman Pascale.









Sous un ciel menaçant, je me dirige vers Crêches sur Saône.









Des gens du pays viennent vers moi pour me féliciter après m'avoir vu sur une chaîne nationale et acceptent volontiers de poser pour mon album photo.




Je pose sur un pont enjambant l'autoroute A7 qui, pour moi, représente le chemin le plus direct pour rentrer chez moi, Menton. Mais je vous avoue que pour rien au monde, je n'aurais voulu arrêter cette aventure et les rencontres qui en ont découlé.







Cet après-midi du 4 décembre va être une des pires que je vais vivre parce que, comme depuis le départ pratiquement, sur la séance du matin et de l'après-midi, malgré tous les efforts déployés, mes intestins vont me lâcher peu après la reprise de ce début d'après-midi. Et étant entouré de nombreux accompagnateurs, le malaise va être amplifié.









Lyon n'a jamais été aussi proche, et pourtant, malgré les quelques kilomètres qui nous séparent, ne m'a jamais autant semblée inaccessible.







En quittant Mogneneins sur la Départementale 933, il se met à tomber une fine pluie.













Franck, qui m'avait accompagné dans Cluny et sa région, est venu me saluer.











Pascale Brunet, la mère d'Arthur, est allée nous acheter un élément indispensable pour notre sécurité et la gestion de la circulation.









Pour atteindre Messimy sur Saône, je finis sous la pluie et éclairé par les phares du camping car.














Lorraine, qui est dans l'émotion, est venue à ma rencontre avec sa maman.











A la traversée de Trévoux le long du Rhône, Lyon se fait désirer, lentement mais sûrement.







Première rencontre et journée passée avec Sabine qui a fait le déplacement depuis Dijon. Elle nous a mis l'ambiance avec sa bonne humeur et là, si je ne l'avais pas empêché, elle serait partie avec le vélo d'un jeune rockeur de 13 ans.









Une autre rencontre qui va nous faciliter pendant quelques jours la poursuite de cette aventure. Paraplégique avec une lésion haute, il nous mettra sa maison à notre disposition trois nuits. Merci à Erik et Lauren.








Et aventure dans l'aventure, j'aurai attendu 50 ans pour monter en tant que passager d'un side-car.










En route pour une virée à travers les champs.










Le matin du 11 décembre, c'est le départ accompagné de nombreuses personnes pour me diriger vers les 700 km parcourus.















A 10h42, ce 11 décembre, je tague le km 700 en compagnie de nombreuses personnes. L'émotion procurée par les 500 premiers kilomètres, à chaque passage de centaine, s'est estompée. Et maintenant, je n'ambitionne en fait que d'atteindre les 1000 km.







Mon passage au 20h de TF1 du mois de novembre 2011 va provoquer une rencontre déterminante. Séverine, épouse de Manu, me contacte alors via Facebook. Le 11 décembre a été ma première rencontre physique avec Sev et Manu, 200 m après avoir franchi la barre des 700 kms. Cette rencontre va donner une autre dimension à ma démarche parce que Manu était encore pompier 2 ans auparavant, et que suite à une lésion d'une cervicale durant son service, il a été atteint de tétraplégie. Malgré le scepticisme du corps médical, il s'est retrouvé à récupérer l'usage d'une partie de son corps.












Séverine et ses deux fils puis Kelly et une amie, des gens que je ne connaissais pas encore ce matin, vont m'accompagner et sécuriser mon parcours.










Je traverse des paysages le long du Rhône. Cette lumière d'une journée d'hiver est magnifique.










Un instant dans une vie, mais un instant qui la bouleverse.







Ce matin du 12 décembre, David nous a rejoints. Le long du Rhône, Lyon se rapproche de plus en plus, et chose étrange ce matin, durant mon échauffement dans le camping car, il tombe des cordes. Et j'appréhende de devoir marcher sous ces trombes d'eau. Mais contraint et forcé, je me résigne à sortir du camping-car, et au moment où l'on ouvre la porte pour me laisser sortir, comme par magie, la pluie stoppe net. Euh... que dire ? David a un sens esthétique et une curiosité tels qu'il associe les éléments dans la construction d'une photo. Et ça a donné ceci...









Ce couloir qui a été créé pour les cyclistes et les bus me permet, sans aucun risque, de m'arrêter avec le camping car. Et c'est là que, voyant le logo BUS et VELO, l'idée de créer une nouvelle catégorie d'usagers me vient à l'esprit. Et je demande à David qu'il prenne la bombe et qu'il tague mon image au sol. Il me crée ce personnage et je lui demande qu'il me dessine des abdominaux. C'est ainsi que les 3 lignes entre les dorsaux et le bassin représentent mes « abdos d'acier »...







Rencontre avec un grand nom de la cuisine française, Paul Bocuse. Rien de programmé, juste le hasard qui met sur ma route un personnage d'exception.











Reportage télé pour TLC après la conférence de presse qui a eu lieu à la mairie de Lyon.










Traversée de Lyon en longeant le Rhône.

















La grande roue de Lyon











Durant la traversée de Lyon, j'avais beaucoup d'appréhension avec ces rails de tram.








Pascale, la mère d'Arthur, nous accompagne pour la traversée de Lyon.












Un restaurateur italien à Lyon est super sympa et nous offre un plat de pâtes pour le déjeuner.













Après nous être restaurés, je sors de Lyon et je prends la direction du sud.











Comme depuis le départ, je prends la pose à chaque entrée de ville ou de village. Ici, à Irigny, je grimpe sur cette barre qui me surélève d'une dizaine de centimètres. Paraplégique...











Peggy, qui m'accompagne depuis quelques jours, est venue aujourd'hui avec un énorme de stock de chocolat pour nous donner de l'énergie pour avancer.












A Givors, j'ai dû marcher derrière le camping car durant la matinée sur 3 km car le vent m'empêchait de progresser, grosse difficulté pour le chauffeur du camping car pour adapter sa vitesse à ma marche.















Après les séances du matin, le repas du midi, je m'endormais pendant une demi-heure profondément... Explosé après l'effort.

















J'ai pris l'habitude de camoufler mes béquilles, ma paraplégie, mais il est vrai que cela réduit l'importance de l'effort pour tenir debout pour la pose.












A la sortie de Verenay, ma journée prend fin sous la Ola des gens qui m'auront accompagné






Clotilde et Kelly, qui vont devenir pompiers volontaires et qui auront assuré ma sécurité durant ces quelques jours, me taguent le km 750.















Une de mes plus grandes craintes durant le périple aura été le climat. Et ce matin du 19 décembre, après avoir passé une nuit dans un gîte à 600 mètres d'altitude, me fait craindre le pire...Parce que pour moi, neige et verglas signifient un arrêt prolongé.














J'ai marché le long du Rhône avec la constante peur de glisser sur du verglas.














L'énergie dépensée pour gérer mon stress amplifie ma fatigue à la fin d'une journée.









Certains font sauter les bouchons de champagne dans les grandes occasions. Moi, avant même d'arriver à Menton, je fais sauter ma béquille...









Ma journée du 1er janvier 2012 a débuté comme toutes les autres journées depuis mon départ du Havre : debout à 5h du matin. Mais ce qui est magique dans cette histoire, c'est que même pour ce jour symbolique, des anonymes m'ont accompagné durant toute ma journée.










Pour ce jour de l'an, première casse d'une vis de mes orthèses. Mes accompagnateurs du moment s'improvisent mécaniciens.











Après le verglas... la pluie me génère autant de stress.












Grâce à Manu, nous obtenons des hébergements à partir de Arras(69) jusqu'à Menton. Toujours dans mon but d'insertion sociale, j'essaie de me faire enrôler.











Mon passage par Cornas (Ardèche) va me procurer une nouvelle rencontre magique.









Suite à mon arrêt devant une station service, Antoine, un gamin de 10 ans apparaît. Il est le fils d'Angéline et Christophe, puis le frère de Lilou... Il me pose une multitude de questions sur mon périple, puis me vante les qualités du carbone et du titane... suis « sur le cul »!...

















Je vais bien plus tard, apprendre que le portail où j'ai tagué les 800 km était en fait une maison qui était occupée. Je ne me serais jamais permis de faire le « rappeur/ tagueur » si j'avais su...











« Soyons » sérieux... Comme à mon habitude, à chaque panneau de ville ou de village, j'essaie de trouver mon équilibre pour éviter d'avoir les béquilles sur la photo, et je prends la pose... Mais le regard ébahi des automobilistes au travers de leur pare-brise me fait perdre mon sérieux. Je fais quelque chose d'unique, mais je ne suis pas une bête rare.













Le temps d'une pause, je prends la pose...
Le temps d'une pose, je prends la pause...









Sabine, qui a parcouru les 10 kms de ce jour, « tague » le km 831 et nous prenons la pose, moi, tentant de garder mon sérieux, et elle, faisant la banane flambée. C'est la deuxième fois qu'elle vient m'accompagner sur les 10 kms en partant de Dijon le matin, et en retournant le soir même ... Respect.








J'ai suivi des cours de photographie pendant 3 ans, ai ensuite pratiqué essentiellement du portrait. J'aimais prendre des pauses pour photographier les gens qui m'accompagnaient. A la Voulte sur Rhône, je mets en scène Delphine et Fabien.











Pour me prolonger une pause, et récupérer un peu, j'essaie d'épuiser mes accompagnateurs. Delphine, pour cette photo, a dû sauter en l'air plus d'une centaine de fois... mieux qu'un cours de fitness











A partir de la Voulte sur Rhône, Antoine de Cornas aura réussi à embrigader toute sa famille pour venir marcher à mes côtés.









Des amitiés se lient. Manu de Lyon et la jolie Lilou de Cornas.









Malgré ma fatigue suite aux 10 kms du jour, j'ai encore l'énergie pour nettoyer l'emplacement du futur tag.













Antoine et Christophe me « taguent » le km 841, Delphine étant à la prise de vue .











Depuis quelques jours, des ampoules sont de nouveau apparues suite à une marche sous des trombes d'eau. N'ayant pas de sensibilité aux pieds, je pense que cela m'a aidé à rester dans l'inconscience.











Les week-ends depuis Clamecy (Nièvre) signifient pour moi beaucoup d'accompagnateurs et me permettent de faire le parcours journalier l'esprit beaucoup plus léger, la sécurité et le soulagement étant accrus.














Fruit du hasard, signe du destin, je « tague » le km 861. Je suis né en Août 1961 ..., je « tague » cette carte d'anniversaire à mon frère Stéphane que je lui fais parvenir par Facebook ce 10 janvier 2012.








A Viviers, Nathan , le fils d'un des pompiers, improvise un morceau à la guitare dans les vestiaires de la caserne.











A la caserne de Viviers, il y a un esprit de famille. Le partage avec les enfants est magique et j'essaie de l'immortaliser à ma façon.











Passage par Bourg-Saint-Andeol, « Bourg-Sant-Andioù » le 15 janvier 2012. Ce jour là, de nombreuses personnes m'accompagneront.














En fin de journée, première rencontre physique avec Armelle de Salon de Provence qui se propose d'assurer la logistique jusqu'à Salon.













Le réseau des pompiers s'organise de l'hébergement proposé, à la haie d'honneur surprise pour démarrer la journée, et me procurer courage et énergie...








Peu avant Pont Saint Esprit (Gard), je « tague » le km 900. Il va falloir que je gère le mental pour oublier que je vais atteindre d'ici peu la barre symbolique des 1000 km. Fou, dément, impensable, surréaliste... je vis des moments indélébiles.








Emotion à la caserne de Pont Saint Esprit... Première rencontre avec Aurélie et ses parents de Mondragon.








A Pont Saint Esprit, nouvelle recrue... d'un immigré... : RogeR le Bourguignon avec 2R... Que de rencontres magiques sur une période si courte !











Aurélie, 11 ans, que j'ai pour la première fois rencontrée la veille, m'accompagne aujourd'hui et sécurise mon parcours...












Clin d'œil à un de mes sponsors peu avant Saint Etienne des Sorts.













...et Aurélie me « tague » le km 914 à 17h07 ce 18 janvier 2012.










A Caderousse, « Cadarousso », la rigueur du grand nord laisse la place à la poésie du sud.











Sensation de facilité. La route qui me mène à Avignon est vraiment magnifique et j'éprouve beaucoup de facilité à enchaîner les pas.









Durant la traversée de Roquemaure, nouvelle casse matérielle ! Heureusement que Gilbert me soutient moralement parce qu'après un départ exceptionnel et des sensations de facilité, cette nouvelle casse me démonte un peu.











En ce début d'après-midi, la sortie de Roquemaure, Aurélie et ses parents viennent me suivre.












Lumière de fin de journée pour cette prise de vue à la sortie de Sauveterre.













Pose de l'équipe devant le tag de Cathy au km 944.









Avignon, la cité des papes, et le mistral m'y pousse.












Pour la traversée d'Avignon, la Municipale est chargée de m'assurer la sécurité. Sympa, je leur demande de faire la photo pour mon album et le « Grand Gaillard » à ma droite, je le trouve marrant dans sa pose, et à son insu, je l'imite...










Interview France Bleu à la périphérie d'Avignon.










A la sortie d'Avignon au milieu de la circulation dense, accompagné par la Municipale, je marche avec un mistral qui souffle à 110 km/h, et à chaque soulevée, je me laisse pousser par le vent en contrôlant mon corps pour poser mes pieds.











A Cabannes, « Cabano », la lumière est magnifique, et pour justifier d'une pause (encore et encore...) je demande à David et Gilbert de me créer une scène








Vu sous un abri bus à Cabannes : une affiche éditée par l'A.P.F (Association des Paralysés de France).
Pourquoi cette revendication alors que dans la nature nous n'existerions pas sans les progrès de la médecine ? Notre combat ne devrait pas être la création d'une accessibilité, mais bien de faire progresser la recherche pour que les générations futures n'aient pas à vivre la paraplégie, tétraplégie.










Ce matin, les pompiers de Mollégès vont m'accompagner pour me sécuriser durant la matinée.









A la sortie d'Orgon, « Ourgoun », il me reste 4 jours pour faire les 60 km qui me séparent de Salon de Provence où je suis attendu pour les 1000 km. J'arrive à enchaîner les 15 km mais avec comme conséquence une énorme fatigue car, pour être ponctuel, je m'oblige psychologiquement à m'imposer cette distance.

















Pour ce moment unique au monde, on prend la pose au rond-point de l'Ecole de l'Air. Emotion avec Gilbert, Lilou, Aurélie, Antoine et les m&m's (maxime et Mathieu).














On prend la pose devant le tag que je dédie à ma maman...









David, couché au sol, me fait un cadrage où l'on peut apercevoir le revêtement qui est terriblement accrocheur. Cela me provoque un épuisement supplémentaire.










Depuis Salon de Provence, me dirigeant vers Aix en Provence, tous les matins, en démarrant, durant 500 mètres, mes mains sont brûlées par le froid, et c'est une douleur atroce que Christian, le père de David essaie d'atténuer.











Cette scène qui se déroule au milieu de nulle part, provoque un regard de compassion.














Traversée d'Aix en Provence. Bizarre, il faut que je sois dans le sud pour vivre le climat du grand nord.












Combien de fois n'ai-je pas longé le Mont Sainte-Victoire en empruntant l'autoroute ? Jamais je ne me serais imaginé aussi près et debout !













Avec les kilomètres accumulés, ma notoriété prend de l'ampleur et l'Etat m'a délégué une personne (« c'est un Joke », comme ils disent à Montreal) pour me nettoyer la route et éviter une chute qui pourrait être fatale. Fatale parce qu'en fait chaque pas peut être l'occasion d'une blessure qui mettrait un terme à cette aventure.














Durant une pause, Christian m'indique qu'au cours de sa jeunesse, il avait fait partie d'une troupe de majorettes et m'en fait la démonstration... Je l'imagine avec une petite jupe et des jambes bien poilues...













Dans le Var, ces longues lignes droites à l'infini ont l'avantage de créer un terrain plat et ainsi, de pouvoir enchaîner les km sans avoir à modifier la position de mon corps dans l'espace.













Moins 12°C à Saint Maximin la Sainte Baume. Malgré ce froid, j'ai des sensations uniques.











Dans ce cadre magnifique, le Var, Hugues Nicolas et Jean-Paul de France 3 Côte d'Azur vont réaliser des prises de vue durant 2 jours pour donner naissance à ce qui me semble être les reportages qui reflètent le plus la réalité et la raison de ma démarche : « L'aventure d'un homme ».











Prise de vue de David. Pour la faire, il est monté sur un pont. C'est vrai que je ne suis qu'un point, mais, vu de l'infini, je ne suis rien.















Roméo et Juliette version bitume.









Après avoir quitté le Cannet des Maures, un chauffeur descend de son camion et se plante devant moi en me faisant un salut militaire et en me disant « Respect Monsieur !». Et pour clôturer ce moment surréaliste, il repart comme il est arrivé, en coup de vent.













Comme tous les matins depuis 6 mois, le même rituel : de longues minutes pour étirer cette sangle abdominale qui se rétracte tous les soirs. Photo artistique de David.









Les cousines de Draguignan qui sont originaires de l'Est de la France, se sont renseignées auprès de mon attachée de presse (parce qu'il y en a eu une...) et sont venues marcher avec moi en ce début d'après-midi... une autre rencontre magique.









David, version surfeur californien... ça le fait, non ? Dans cette version Carrera GT 10 cylindres et 612 chevaux...















A Fréjus, c'est une journée de repos et en apercevant des joueurs de Beach Volley, sous la menace, je contrains des jeunes à jouer aux mannequins avec les T-Shirts Joe Kals.








Antoine, qui me suit depuis Cornas, pose sur un manège... Les filles, accrochez-vous ! Petit Antoine deviendra grand... Et là, ... !








Joindre la Manche à la Méditerranée en ayant effectué chaque pas qui les sépare, 1191 km. Chaque kilomètre représente 1400 pas. 1191 x 1400 = 1 667 400 pas... UN MILLION SIX CENT SOIXANTE SEPT MILLE QUATRE CENTS pas. Vous rendez-vous compte que malgré l'ampleur de l'exploit, il n'y avait pas d'autres personnes à cet instant, que celles qui m'accompagnaient pour fêter cet évènement ! Et j'ai traversé Fréjus un dimanche après-midi dans l'indifférence la plus totale.













Moment de détente dans les Adrets.










On immortalise le moment symbolique des 1200 km dans les Adrets. Instant magique avec Manu.













Pour me diriger vers Théoule sur mer, il va y avoir une longue, très très longue montée. Mes accompagnateurs, après m'avoir vu la franchir et leur dire que « je l'ai faite dans une décontraction totale », me diront qu'ils craignaient le pire pour moi.












Trio de choc et de charme...














La Joie à l'état pur...













Moment d'étreinte avec Manue. J'éprouvais le besoin de ressentir un corps pour partager l'intensité de mon bonheur d'être si proche de Menton.













Les pompiers de Théoule sur mer, au courant de mon passage, sortent les véhicules du garage pour me faire une haie d'honneur.







D'une voiture, sort une jolie blonde qui vient me complimenter pour mon exploit. Elle reste gravée dans mon parcours parce qu'elle m'apparaît au moment où j'ai vaincu ce qui me semblait être une difficulté insurmontable. Quelle victoire d'avoir réussi à franchir les Adrets ! Merci Magali











...grâce à la qualité de conception de ces orthèses en carbone, elles méritaient bien une révérence.









Ils ne m'ont pas déroulé le tapis rouge pour la montée des marches du palais des festivals de Cannes. Normal, puisque ce n'était qu'un entraînement en prévision de la montée des marches de la Tour Eiffel... Cette idée est née à ce moment-là car, au plus je m'approchais de Menton, au plus je me rendais compte de la nécessité d'un nouveau projet vu le manque de reconnaissance.













La vie s'est arrêtée au moment où je suis passé au centre d'Antibes. Etrange, car tout le monde vaquait à ses occupations, et à cet instant même, d'un coup, on aurait entendu une mouche voler...











Sorti de Beaulieu, je me dirige vers Eze. Menton approche et cette route, je la connais par cœur pour l'avoir parcourue maintes fois en Handbike.











Delphine, qui m'accompagne maintenant depuis Lyon, est toujours attentive à mes désirs et c'est un confort.














La caserne des pompiers de Beaulieu va être l'avant dernier lieu d'hébergement avant Menton.
Accueil et disponibilité hors normes. Merci et merci.














Durant une période qui a été compliquée vu le parcours, je parle du Morvan, j'ai eu une idée pour essayer de rassembler un maximum de personnes autour de la raison de ma démarche.














Le « soleil de minuit », pas au mois de juin, pas dans le grand nord, mais à Nice sur la promenade des Anglais.









De cette marche aux flambeaux, je désirais, j'avais espéré, que le point lumineux se verrait de l'infini. Lumière d'espoir, mais encore une fois la communication de cet évènement ne s'est pas faite. Pourquoi










La journée qui va suivre le soleil de minuit va être une journée de repos. Et avec toute l'équipe qui m'a suivi, ça va être « journée plage » à Nice.












Plus besoin d'aller dans le grand nord pour voir la sirène de Copenhague, je l'ai réinterprétée sur ce rocher avec Lilou.














Pour atteindre mon étape de la journée, Monaco, je passe par Cap d'Ail où des enfants, prévenus de mon passage, quittent l'enceinte scolaire pour faire corps et cœur sur chaque pas à mon passage.

















La montée du casino de Monaco. La dernière difficulté d'un périple long de 7 mois.










Olivier Amalberti, mon préparateur, me met la pression en amplifiant la difficulté.














Peut-être avait-il raison parce qu'il y a un dicton Mentonnais qui dit « Qui part comme un lion, arrive comme un couillon.», dixit Patrick « Fikanaze »...En fait, cette montée m'a parue facile, alors qu'il est vrai que pour l'avoir gravie en fauteuil, c'est un mur !















Sorti de Monaco, une étrange sensation m'envahit, la fin du parcours, 7 mois d'une vie vont prendre fin.















C'est la première fois que je revois Menton, mon Paradis, depuis 7 mois.









Et je ne réalise pas l'ampleur du parcours que je viens de vivre. Mais je garde toujours à l'esprit que tant que je n'ai pas fait le dernier pas, je n'aurai pas réussi mon pari.














Le panneau « Menton » signifie la fin de l'avant dernier jour, et que le surlendemain, à la même heure, l'aventure sera terminée.















Je traverse Menton en ce début d'après-midi sur les rues piétonnes, accompagné d'une foule immense.














Les pompiers de Menton, qui me logent depuis quelques jours, me font une haie d'honneur à Garavan. Emotion. Immense émotion.











J'y suis arrivé après 7 mois. 1 825 600 pas. Bravé -12°C à Brignoles. Eté poussé par le mistral dans la vallée du Rhône. Et marché sous des trombes d'eau. Tout cela en étant paraplégique, juste avec un buste.

1304 km pour l'humain de demain.
Il est vrai que les médias, pour la bonne conscience collective, veulent mettre, pour nous persuader, une image dynamique de l'handicap au travers d'exemples de construction qui n'est pas adaptable à chacun. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à chaque vertèbre correspond un niveau d'handicap, et pour pouvoir réaliser ce que j'ai fait, je suis paraplégique complet en 12ème dorsale, quelqu'un qui aura une lésion en 11ème dorsale, complet, ne pourra plus le faire.
Ce que je veux dire par là, c'est qu'il n'y a pas sous un même sigle d'handicap deux handicaps identiques. Cette aventure m'aura permis de rencontrer au travers de l'internet Sabrina Ferri de Porto Alegre (Brésil) qui, à l'âge de 28 ans, a fait une chute et s'est retrouvée tétraplégique en 4ème cervicale. Cela signifie qu'elle ne ressent plus que son cou et sa tête. Ayez la conscience de ce que cela peut engendrer. Imaginez juste un instant que pour vous gratter la joue, vous ayez besoin de quelqu'un.
Au travers de cette symbolique qu'elle représente, je pense qu'il y a une multitude de gens qui doit vivre sa situation dans l'ombre.
Il est vrai que l'on ne vit, que l'on n'apprécie plus les choses de la même façon, mais je pense qu'au final nos existences ont comme but de trouver l'apaisement intérieur pour pouvoir donner le meilleur de soi. Parce que si aujourd'hui nous avons cette qualité de vie qui nous semble naturelle, c'est parce que les générations qui nous ont précédés l'ont construite. Je pense qu'il est impossible, suite à une lésion de la moelle épinière et toutes les douleurs et dysfonctionnements que ça engendre, que l'on puisse trouver ce chemin de l'apaisement. C'est pour cela, pour pouvoir dire haut et fort que l'on n'est pas fait pour vivre assis, que pour la symbolique, j'ai parcouru 1304 km debout. Connaissez-vous de nombreuses personnes dans votre entourage qui ont relié la Manche à la Méditerranée pour l'humain de demain ?
Il n'y a qu'ensemble qu'on peut arriver à faire avancer les choses. J'ai dénoncé quelque chose, mis en avant un mode de vie qui à ce jour n'est plus tolérable. Au début des années 80, lors de mon accident, la recherche évoluait tellement vite que le corps médical, avec grand enthousiasme, m'annonçait que le début des années 90 allait être une nouvelle ère, la remise sur pieds des personnes atteintes de lésions médullaires. Là, on est en 2013, 30 ans après, et cette évolution qui devrait changer le cours de nos existences, est toujours repoussée à demain. (1500 nouveaux cas annuellement rien qu'en France).
Au même titre que l'engouement créé autour du cancer ou du SIDA, ou n'importe quelle autre pathologie qui nous fait peur, il faut arrêter de croire qu'une situation de paraplégie, tétraplégie est confortable, et prendre en considération qu'il est vital de faire bouger les choses, ensemble.
C'est pour ça que dans un but fédérateur, j'ai créé une association « Association Joe Kals », qui a pour but de dénoncer le laxisme de décideurs, des gens qui ont le pouvoir de faire avancer les choses et pour qui le handicap ne signifie qu'une position assise.
Je remercie vivement les membres et acteurs significatifs de mon association, ainsi que toutes celles et ceux qui me suivent sur Facebook ou via ce site, qui me procurent une énergie.
Parce que depuis mon retour, je pensais qu'après avoir réalisé ce que j'ai réalisé, de nombreuses portes allaient s'ouvrir et toutes mes attentes pour participer à des actions pour mettre mon discours en avant, se sont soldées par des échecs : « Joe , tu ne t'imagines pas ce que c'est compliqué ce que tu nous demandes ». Vous imaginez-vous que l'on m'a proposé de faire signer une pétition pour suggérer de me remettre la légion d'honneur ? Comme si Usain Bolt, après avoir battu le record du monde du 100m, devait quémander pour avoir sa médaille d'or. En fait, elle lui revient parce qu'il a battu un record du monde. Moi, j'ai fait un exploit, pas pour une médaille, mais pour être écouté et entendu.
Mais dans l'histoire de l'Humanité, je suis le seul à l'avoir fait et je pense que je le resterai pour l'éternité. Ceci sans être impétueux, mais je connais le parcours que j'ai fait et que la réussite n'a été qu'un concours de circonstances. Imaginez-vous que si je l'avais fait en 2010, il y avait un mètre de neige dans le Morvan. Si je l'avais fait en 2012, l'hiver m'aurait bloqué et fait échouer le projet « le Havre-Menton ». L'année où je l'ai fait, j'ai eu un ange gardien qui m'a fait avancer sous des conditions les plus favorables pour être capable de réaliser cet exploit unique au monde. Et je me répète, dans l'histoire de l'Humanité.
Voilà le retour que j'ai de ces gens qui peuvent faire avancer les choses par des actes simples. Et moi, de leur répondre « le jour où ton enfant se retrouvera au fond d'un lit d'hôpital avec une section de la moelle épinière , auras-tu le courage de lui dire qu'un jour tu avais l'occasion, même par un petit geste, de lui éviter d'avoir à vivre le restant de ses jours des humiliations et les douleurs physiques engendrées par une para/tétraplégie ? »
Si je devais me contenter de vivre sur cet exploit, les choses disparaitraient et seraient dans 50 ans récupérées par un cinéaste écrivain qui, devant l'énormité de l'exploit, le rendrait commercial.
Si je devais m'arrêter là, tout ce que j'ai fait n'aurait servi à rien. Et pour tenter d'amplifier mon geste, mon discours, je vais m'attaquer au symbole de l'inaccessibilité. Vous avez souvent cette image de quelqu'un en fauteuil devant des marches et moi, paraplégique, je vais monter les 1665 marches qui séparent la base du sommet de la Tour Eiffel. Je ne veux pas au travers de ce geste faire croire que tous les paraplégiques tétraplégiques peuvent, dès lors que je l'aurai fait, le faire eux-mêmes. Il n'y a pas deux handicaps similaires.
Dans la foulée de la Tour Eiffel, je vais annoncer que je vais attaquer les 5200 km qui séparent San Francisco à New York, la traversée des Etats-Unis d'Ouest en Est. Parce que les médias vont toujours assimiler mon geste Le Havre-Menton et la Tour Eiffel à un exploit sportif. Les Etats-Unis parce que la para/tétraplégie est un problème universel et que je ne me vois pas abandonner après avoir eu ce parcours de vie.
A mon retour du Havre-Menton, le concepteur de mes orthèses m'a dit : « Je n'ai pas eu le retour sur investissement ». Il est vrai que je le souhaiterais pour lui car il est très compétent dans son travail. Mais il est aussi vrai que le handicap est son fonds de commerce et que ma démarche est qu'il y ait moins d'handicapés sur Terre. Nos intérêts ne sont pas communs.
La France travaille sur les exosquelettes et la robotisation pour remettre les accidentés debout.
Pour eux, je ne rentre pas dans le cadre de leur démarche parce que moi, debout en étant paraplégique, je n'ai jamais été autant paraplégique que durant ces sept mois. Et que la position debout ne change en rien le problème réel de dysfonctionnements engendrés par la section de la moelle épinière : privation de sexualité, incontinences urinaire et rectale, les problèmes rénaux, des infections urinaires et surtout les escarres.
Je pense que nos conditions de vie génèrent une économie parallèle qui fait que l'on ne dérange personne...
Joe Kals

“1304 km for the human being of tomorrow”